Leela & Krishna

Publié le par Juanita

 

Leela et Krishna

 

Scénario et dessin : Georges Bess

Editions : Carabas

 

« Il était une fois, un pays magnifique où vivaient des gens heureux… Tel un joyau, la montagne l’enserrait amoureusement d’un côté, la mer éternelle de l’autre… Les grands cocotiers souples balançaient leur chevelure verte au-dessus des routes et des villages…
voilà le paysage d’un conte, celui que vous allez suivre, narrer pas l’auteur à sa femme.
L’histoire d’un amour impossible entre Leela la danseuse et Krishna le musicien, qui pour se retrouver offriront leur destin aux desseins monstrueux d’un sorcier maléfique, Karnataka l’infâme. « Il était une fois, un pays magnifique où vivaient des gens heureux… Tel un joyau, la montagne l’enserrait amoureusement d’un côté, la mer éternelle de l’autre… Les grands cocotiers souples balançaient leur chevelure verte au-dessus des routes et des villages…
voilà le paysage d’un conte, celui que vous allez suivre, narrer pas l’auteur à sa femme.
Ils sont tous deux sur le site même de leur histoire, se promenant nonchalamment.
L'inventeur amorce le récit de sa future BD, pose le décor en Inde, par images et paroles, il coupe son récit pour exprimer une idée. Sa femme, Layla critique alors l’histoire par des questions pertinentes comme « tu ne crois pas que ta prose est un rien emphatique ? Ampoulée sur les bords ?… » S’amorce alors un dialogue efficace entre le couple.
Cela permet à Georges d’entamer une histoire en posant ses personnages, de l’améliorer, de la modifier.
Cet exercice de style est difficile car au fur et à mesure de la lecture, l’enchaînement mêle successivement des planches où nous trouvons l’auteur et sa femme discutant sur le scénario et d’autres planches où le récit lui-même se développe avec les personnages et leur histoire.
Cela ne gâche en rien la lecture car on se place directement sous l’envoûtante légende qui se déroule devant nos yeux.
Un peu comme si, lors d’une soirée, un(e) ami(e) à la faconde fascinante, se met à vous narrer un conte merveilleux et terrible et vous emmène dans son monde fabuleux et vous proposerait une interactivité avec son récit. (Avez-vous vu Out of Africa, ou encore Big Fish de Tim Burton ?)


Malgré un scénario somme toute classique, une histoire malheureuse et terrible d’un amour impossible, l’auteur réussit à ponctuer par le support du dessin et de l’échange une dimension captivante à son récit en y incluant la construction d’une histoire et le choix de son déroulement. On entre alors dans l’esprit de l’artiste quand il créé un bande dessinée, là où finalement on ne va jamais concrètement.
En bref j’ai aimé ce style de lecture guidée et insolite à mon sens.
Voilà pour le scénario et le style.
Passons au dessin.
Bess, qui est aussi l’illustrateur du « lama Blanc », nous dessert ici un album en noir et blanc, avec un graphisme équilibré, gracieux, aux proportions très réalistes. Une très belle maîtrise du trait.
Bien évidemment la ligne claire, qui fait indéniablement pensé à d’autres auteurs tel que Manara (aventures de Giuseppe Bergmann), donne un côté véridique aux personnages et aux décors également.
Je formulerais, malgré tout le bien que je pense de ma lecture, un certain désappointement, cet album mérite incontestablement d’être colorisé, en effet, je pense qu’il s’y prête et j’ai l’impression d’avoir lu une maquette de la futur œuvre du couple Bess.
Cela aurait donné une profondeur et une force bien plus ultime à l’histoire.
L’autre bémol, la couverture souple (très souple) et le grand format ne permettent pas d’avoir une lecture ultra confortable.
Je ne sais pas comment vous lisez, mais pour ma part, allongée dans mon canapé, ou assise dans un fauteuil je finis toujours de travers avec ce type d’album. Aucune autre position de convient pour la lecture qu’assise droite sur une chaise avec une table comme support. Et vu que la lecture est captivante, je finis par avoir mal au dos. C’est un détail certes mais qui à son importance! Qu’on se le dise !
A part ces deux points non négligeables, je vous l'accorde, je recommande la lecture de cet album à ce qui sont curieux de lire de nouveaux contes empreints d’originalité et de philosophie.

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